vendredi 6 novembre 2009

j'aime ma bipolarité parce que...par Lou Andreas, 40 ans.


J'aime ma bipolarité et plus si affinités !
Bipolaire, ce serait si simple, si réducteur aussi …
Faire voler en éclats les boussoles officielles qui n'indiquent que deux pôles, affoler l'aiguille, inventer un pôle ouest et un pôle est et se promener sans carte au gré des quatre vents dominants, mettre en sourdine son instinct migratoire et ne pas s'étonner de voir le soleil se lever au sud ou se coucher au nord. Croyez-moi, nous autres, voyageurs sans frontières, entre monts abrupts et vallées profondes … Nous n'avons prévu ni bagage, ni compagnon de route tant l'errance est exigeante parfois. Quelquefois, des rencontres imprévues éclairent le chemin mais notre pas est si rapide, à en perdre haleine, si lourd aussi d'autres matins qu'il faudrait nous tirer, alors nous allons souvent seul, l'œil aiguisé, la main offerte, la bouche avide, les bras tendus …
Mon pôle ouest est ouvert aux embruns, je m'y promène à l'aube sur les plages encore désertes, j'y vois l'Amérique en clignant des yeux, les falaises m'aimantent mais j'ai le vertige. Alors, j'avance juste pour le défier, à en vomir quelquefois. Je ne fais que passer.
Je monte dans des trains mythiques pour rejoindre mon pôle est. Il reste inaccessible, toujours une vallée de plus à franchir, une frontière linguistique à passer. On y est passionné comme nulle part ailleurs, on s'y brûle comme la neige mord, les sapins versent vers les prés clos, des airs de violon vibrent au loin, toujours au prochain village. Je ne suis que de passage.
Le sud est le plus mesquin. Il se sait désirable, se déguise en mirage mais l'eau y est rare et mes lèvres assoiffées. J'aime les corps qui s'y enveloppent sous les voiles, les yeux noirs comme des lacs de pétrole, les nuits étoilées mais je ne veux ni guide ni juge donc je détourne les yeux de l'étoile polaire et de Dieu qui y a ouvert une fenêtre. Je n'ai pas de passé.
Mon pôle nord est démagnétisé. On y glisse en pente douce sans arbre ou obstacle pour s'y retenir … Champs de betteraves, de tulipes, de ruines industrielles … plus on monte et plus je descends. Je sais qu'au delà des cathédrales, des corons, arrive le froid qui saisit et endort sans souffrance. Je cherche le passeur.
J'aime avoir perdu toute carte, être d'ailleurs partout, n'avoir ni langue, ni histoire, ne laisser qu'une imperceptible trace lorsque je m'éloigne vers mes autres pôles.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

excellent

Anonyme a dit…

merci.